17/05/2026
Les images sont pesantes et puissantes. Comment souligner la violence des conflits, les stigmates qu’ils sèment dans leurs sillages pour des générations ? C’est ce qu’ont souhaité montrer le photoreporter Christian Verdet et la journaliste Florence Chédotal en s’intéressant aux tristes parallèles existants entre la Grande Guerre et le conflit ukrainien. De Verdun à Lviv. Lui saisissant la réalité crue et mortifère de la guerre avec son appareil photo, elle accompagnant chaque cliché de sa plume. Un travail qui est à découvrir à l’Espace de la Tour, dans le cadre du Printemps de la photo.
Christian Verdet, comment est née cette exposition et le livre associé ?
Ce projet est né d’un croisement. J’avais rapporté de mes précédents reportages en Ukraine des images non utilisées pour mon livre Enfances en ruine, notamment sur la pollution des terres liée aux bombardements massifs. Lors d’un échange avec Florence Chédotal, qui avait travaillé avec moi sur mon précédent ouvrage, l’idée d’un parallèle entre les conflits passés et présents a émergé. Progressivement, ce dialogue s’est concentré sur Verdun et l’Ukraine. L’exposition et le livre publié mi-mai, prolongent cette réflexion commune.
Vous vous êtes rendus ensemble à Verdun où vous avez pu mesurer combien la Première Guerre mondiale a façonné les terres et les existences…
En 2025, nous sommes partis quatre jours dans l’idée d’explorer les traces encore visibles de la guerre. Sur place, nous avons rencontré des habitants directement marqués par ce passé, comme cet agriculteur à qui l’on a confisqué des terres il y a une quinzaine d’années après la découverte d’une pollution des sols liée à l’explosion d’obus. Très vite, il est apparu que la guerre n’appartient pas seulement à l’histoire : elle continue d’habiter les paysages et les vies.
À Verdun, nous avons ainsi découvert un territoire toujours en deuil : des obus qui remontent à la surface, des zones interdites, des paysages marqués. Ce deuil, nous l’avons qualifié « d’impossible », car il ne s’achève jamais vraiment. Des rencontres ont renforcé ce constat : avec un démineur, un médecin légiste ayant sorti de l’oubli un Poilu grâce à son ADN...
Ces histoires montrent notamment combien l’absence de sépulture ou d’identification prolonge la souffrance sur plusieurs générations. Cette question des disparus demeure centrale à Verdun comme en Ukraine.
« L’Ukraine est, comme en écho, un Verdun du XXIe siècle », témoignez-vous. Vous parlez même de « terres jumelles ». Pourquoi ?
Les parallèles entre Verdun et l’Ukraine sont frappants. La guerre en elle-même présente des similitudes : artillerie, tranchées, blessés graves. Hier, les « gueules cassées » ; aujourd’hui, les amputés. En Ukraine, dans les cimetières, les croix et les drapeaux s’alignent à perte de vue, comme à Verdun. Et, là-bas aussi, des familles restent sans réponse face aux disparus, condamnées à un deuil suspendu qui se transmettra.
Votre travail invite à ne pas détourner le regard. Un leitmotiv pour le photoreporter que vous êtes ?
Il repose sur une conviction simple : témoigner est essentiel, pour éviter que ces tragédies ne se répètent et ne pas pouvoir dire : « Nous ne savions pas ». Pourtant, un sentiment de fatalité persiste. Malgré la surmédiatisation, les conflits continuent à travers le globe et l’émotion semble s’émousser. La guerre devient une information consommée, presque banalisée. Entre volonté de témoigner et sentiment d’impuissance, le travail continue malgré tout, avec l’espoir que d’autres prendront le relais et poursuivront cette nécessaire transmission.
→ Du 23 mai au 7 juin, à l’Espace de la Tour, de 14 h à 18 h. Tous les jours sauf le lundi. Vernissage : jeudi 21 mai à 18 h 30 Visites commentées : 23, 24 mai et 6, 7 juin, 15 h 30.
→ Toujours à l’Espace de la Tour, ne manquez pas l’exposition des écoliers de CM de l'école du Bourg "Photojournalisme dans mon quartier". Guidés par Christian Verdet, ils se sont initiés au reportage avec les commerçants du Bourg comme sujets d’attention.
→ Ne ratez pas également les Grands formats Territoire de Phot'Objectif exposés dans le parc de la mairie jusqu'au 14 juillet. Une invitation à redécouvrir ce Roannais qui nous entoure.
→ La vidéo de l'interview de Christian Verdet à retrouver ici.
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